Defi les cinglés du grand Colombier, Ultime épisode : « J’accuse ! »

Avouez que vous vous êtes fait berner, et qu’à la vue de ce titre « J’accuse » Vous vous êtes dit : « qu’est-ce qu’il se passe ».
Je me suis dit, ce titre étant un des titres de presse les plus célèbres de l’histoire, puisque ce n’est autre que le titre d’un article de Zola dans l’aurore. Je me suis donc dit en titrant « j’accuse », je vais fixer l’attention du lecteur. Ne voyez pas dans ce titre une quelconque allusion politique, c’est juste que je voulais vous surprendre et captiver votre attention.

Voilà c’est fini ! ce quatrième défi est bel et bien terminé, et que cela fait vide, tellement nous avons vécu des émotions et fortunes diverses. Tellement le partage du bonheur, de l’entraide, de la dérision a été fort ce week-end.
C’est plus fort d’année en année. Peut-être parce que nous sommes de plus en plus nombreux. Peut-être parce que nous vieillissons aussi et que nous devenons plus émotifs.
En tout cas je peux vous dire que ça a été fort très fort.

Pourtant les autres années, c’était déjà pas mal et je me souviens  de chaque instant vécu alors aux cotés de mes acolytes :

  • La première année du côté du ventoux avec Dominique, ses deux fils Yohann et LoÏc, mon Fab toujours là,et mon fidèle Jyjy. Qu’est-ce qu’on s’était marré. Yohann avait appris beaucoup de notions biologiques
  • La deuxième année toujours du côté du Ventoux avec Damien, Jyjy Ophélie et Chala, la galère, la grosse galère avec un Damien qui se casse la figure car il n’arrivait pas à suivre ma cadence : beaucoup trop lente pour lui : 1 tours de pédale à la minute.
  • La troisième édition : avec Ghaïs et Youcef, Willy, son beau-frère, Fab, Roland, Jyjy et l’ascension de la croix de fer et l’Alpe d’huez. Je me souviens de la ponctualité de Ghaïs, de la forme de Fab et Jyjy cette année-là.
  • Et les cinglés du Ventoux avec Lionel, Fabrice, Ghaïs, Youcef, Gabin, Jyjy et Fab. Là Jyjy était costaud. Qu’est-ce qu’on s’est marré côté Sault avec Lionel. : cette partie de jambes en l’air à l’ombre des pins pour tirer les crampes à la surprise des automobilistes. S’il n’avait pas été là j’aurais sans doute abandonné à 2km du sommet.
  • L’année dernière, d’autres se sont joints à nous et des liens se sont tissés du côté de Bourg d’Oisans sur le parcours de la Marmotte avec le tryptique Glandon, Télégraphe, Galibier. Je pense bien évidemment à Anaïs, Nicolas, Vincent, Baptiste. Je me souviens de ces magnifiques paysages et de ces jambes de feu bien préparées par Coach Jyjy.
    Je me souviens de nos belles assistantes Barbara, Chala, Domenicha.

Cette année un nouveau défi nous attendait et pas des moindres, avec un équipes qui grossit d’année en année et une flopée de supporters.

Après près de six mois de préparation, 5500km engloutis 80000 mètres de dénivelés positifs, beaucoup effectués sous la pluie, le jour tant attendu était là et devant nous se dressait le grand colombier et ses pentes terribles.

Après un réveil matinal et un petit déjeuner copieux, nous enfourchons nos machines, il est 8 heures.

Avec ma petite chérie nous avons décidé qu’elle escaladerait le col par sa face mythique : Culoz, là où passe le tour de France. Elle appréhende un petit peu du fait de son manque de préparation.

Elle grimpe sur son super vélo « moucheté », unique en son genre, et nous voila partis. Je sens que les jambes sont là. Il faut dire que la veille, avec Vincent et Justin son fiston, un tantinet enroué, nous avons pris soin de réaliser un réveil musculaire et rassurant autour du lac du Bourget.
Nous voilà donc partis. Rapidement un groupe composé de Nico, Anaïs, Côme, Julien, Virginie, Dédé, Pierrot, Gabin, Solenne, Baptiste, Fabrice, Lionel de détachent.
Nous restons à quelques encablures, Chala encadrée par Jean-Yves et moi.
Nous roulons pendant 7 km et voici le moment de nous séparer. Nico nous attend au croisement de Culoz qui va mener ma douce au sommet du géant de l’Ain.

Après quelques consignes : « tu prends ton temps, tu bois bien » je la regarde s’éloigner. Je la reverrai plus tard quand je redescendrai de ma première ascension au départ d’Artémare.

Nous reprenons la route avec Nico et Jyjy et juste avant que ne débute l’ascension de la première face, nous rejoignons le groupe. Très rapidement je me mets à mon rythme sur des pentes qui correspondent à mon physique. Je suis prudent car je sais ce qui m’attend. C’est de ce côté qu’il y a les pentes les plus sévères avec un passage de 400m à 22%.
Les kilomètres se succèdent et plus on avance plus la route se cabre. Nous voila dans les pourcentages les plus sévères : 6.7%-8.1%-9.2%-12.2% pour les 4 kilomètres passés. A ce moment là Nicolas revient à ma hauteur et me dit que nous devons avoir fait le plus dur de ce côté-ci. Il s’éloigne alors et je me retrouve avec Julien, impressionnant avec son plateau de 39 dents qu’il emmène puissamment, courbé sur son guidon. Nico est au loin dans un virage. Nous passons une borne qui annonce le kilomètres suivant à 14.8%. Nous arrivons au virage où nous avons aperçu Nico pour la dernière fois et nous levons les yeux. Julien me dit alors : « au regarde le chantier ! » : nous arrivons sur la fameuse rampe à 22%. Julien prend les devants et me laisse seul dans les sous-bois. Heureusement que j’ai bien préparé ce moment avec mes séances de 800m sur une bosse à 18%. C’est dur mais j’avance. J’en fini avec ce passage et la borne suivante annonce un kilomètre à 12%. Ca ne s’arrêtera donc jamais. Heureusement le graphique de mon gps me montre qu’ensuite cela se calmera. Et effectivement nous arrivons au croisement de la route de Champagne en Valromey et la pente devient plus agréable, ce qui permet de se reprendre. Je parcours les deux kilomètres assez rapidement. C’est marrant comme les kilomètres à 8% semblent faciles après avoir fait le passage à 22%.
J’aperçois alors au loin une silhouette bien connue. Il s’agit de Dominique venu à notre rencontre. Que ça fait plaisir de le voir. Il sera là à chaque fin de montée.
Il m’accompagne pendant 1km avant de me laisser finir la première ascension.
Nous attendons alors le reste du groupe pour une photo commune.

Barbara me dit alors que ma belle Chala est à 8km du sommet dans les pourcentages les plus importants de l’ascension côté Culoz.

Je décide d’aller à sa rencontre. Rapidement je suis doublé par Nico, Côme et Julien qui descendent beaucoup mieux et sont plus à l’aise dans cet exercice.

Je croise alors ma belle dans des pentes beaucoup plus douces, dans une partie boisée où elle est à l’ombre du soleil qui cogne déjà pas mal.

Quelques mots d’encouragements et c’est reparti pour la descente sur Culoz où je suis plus que prudent surtout dans les lacets qui surplombent le village.
Arrivé en bas, demi-tour. J’ai croisé Nico, Julien, Justin et Côme successivement à environ 3 km du bas.

J’entame la célèbre ascension qu’emprunte le tour de France. Il fait chaud très chaud et il n’y a pas un brin d’ombre. Je reviens tour à tour sur Cöme puis Justin qui me disent souffrir de la chaleur.
Les kilomètres s’enchainent.

Malgré les forts pourcentages qui avoisines les 13% par endroit, j’ai beaucoup moins de mal dans cette montée et arrive relativement frais à l’abord des 5 derniers kilomètres qui sont plus faciles.

A 3km du sommet je retrouve mon Dom au milieu des vaches, paisiblement allongées ou en train de ruminer. Je parle des vaches pas de Dom. Une nouvelle fois il m’accompagne, lui en courant moi en vélo. Ca fait du bien de se changer les idées et de parler

Arrivée en haut je suis accueilli par tout le fan club d’Océane et des yeux du cœur.
je retrouve ma douce Chala, que je félicite et devant qui je m’incline. En toute honnêteté je ne pensais pas qu’elle arriverait jusqu’en haut car trop peu entrainée. Mais quelle volonté !!

Bravo ma chérie. Je sais qui t’a motivée !!

Je décide alors de prendre un gros ravito avec salade de pâtes et jambon. Les arrivées se succèdent. Ca me requinque et après avoir rempli les bidons je repars en direction de champagne en Valromey. Julien Anaïs et Nico sont déjà dans la descente.

Arrivé au croisement de la route de Lochieux/col de la Biche, et Arvière, je me demande où il faut aller. Je n’ai pas bien lu le road book préparé par Nico. Je prends donc la direction d’Arvière en me disant que je n’ai pas envie de monter le col de la Biche et donc que je suis sur la bonne route. Après plusieurs kilomètres je n’ai toujours croisé personne qui remontait. Je me dis alors : « mon pauvre Stef tu t’es trompé. Je regarde alors google map (un peu tard je vous l’avoue) et me rend bien compte que je ne suis pas sur la bonne route. Mais je continue car je suis dans la direction d’Artemare/ Champagne en Valromey. Arrivé au croisement suivant je laisse Artemare sur la gauche, qui se situe à 2km et prends sur la droite une route bien large en plein cagnard, qui remonte pendant 3.5km jusqu’à Champagne. Je me serais bien épargné cette nouvelle bosse, mais bon c’est comme ça et j’ai toujours de bonnes sensations. Je croise alors mon Jyjy puis Vincent. Quelques encouragements et je continue ma route. J’arrive alors rapidement à Lochieux par des pentes assez douces. Au lavoir je vois un attroupement. Je retrouve Gabin, Fab, Lionel, Solenne et Baptiste. Lionel essaye tant bien que mal de gonfler une chambre à air pour réparer la roue crevée de Gabin. Mais mes amis ne sont plus très sain d’esprit, après tant d’épreuve : la chambre à air a aussi un trou. Alors je donne une de mes chambres à air, me trempe les jambes dans le lavoir et repars.

Les jambes tournent bien. J’en profite pour passer un appel visio à mon fiston rester travailler à Sorbiers.

Je suis vraiment bien. J’arrive alors au parapet à la barrière verte. Je me souviens m’être dit en descendant, quand tu arriveras là tout à l’heure ce sera coton.

Alors je prends mon mal en patience et continue à gravir ce passage à 13%. Ouf un replat à 6km du sommet. J’aperçois alors Marc et Sylvie descendu nous ravitailler en eau. Ayant encore de la boisson dans mes bidons je ne m’arrête pas. J’ai repris du poil de la bête dans ce replat, mais la rampe suivante va avoir raison, un temps, de mes ischios. Au moment de me mettre en danseuse pour dégourdir tout cela deux vilaines crampes viennent me tétaniser. Je décale et m’arrête. Je m’étire et en profite pour faire pipi une fois les crampes estompées. Et là rebelote de nouveau des crampes. J’en profite donc pour me pisser sur les pieds. Il est compliqué d’uriner avec des crampes aux ischios.

Me rejoins alors Côme, qui semble beaucoup mieux que dans la montée côté Culoz. Je me remets en selle et repars avec lui, pour finir de gravir les 100m de la rampe à 13% avant le replat à 4km du sommet.
Sur ce replat j’en profite pour faire tourner les jambes et re-oxygéner les muscles. Côme part devant.

Domi est une nouvelle fois là à nous attendre. Je pense qu’à chaque montée c’est la personne que j’avais le plus plaisir à voir. A nouveau il m’accompagne. Côme m’attend et nous finissons ensemble cette ascension.

J’ai plaisir à voir tout le monde et les encouragements me font du bien.

Je me ravitaille, et il se met à pleuvoir, ce qui fait un peu baisser la température. Je doute : est-ce que je serai capable de faire la dernière ascension ?

Je décide de ne pas trop tarder pour repartir. Nico et Anaïs sont déjà dans la descente. Pierrot et ma chérie me recommande d’être prudent sur la route mouillée.

J’essaye de bien me décontracter, mais cette descente est assez technique, le revêtement est tout bosselé, et j’ai des petites crampes aux quadriceps. Il me faudra les 16km de descente pour les faire partir. J’arrive en bas je suis tétanisé tellement j’ai été sur les freins. J’ai des crampes aux mains. Entre temps j’ai croisé Nico toujours aussi aérien et Ana un peu plus dans le dur.

Arrivé au croisement de la route départementale je descends du vélo et fais des étirements.

Je mets alors ma machine dans le sens de la pente et repars. Cette montée elle est pour vous mes enfants. Vous mes deux garçons qui n’êtes pas épargnés par notre situation familiale et toi ma fille dont les handicaps m’empêchent de me plaindre et me motivent pour aller jusqu’en haut car les difficultés que je rencontrerai ne sont rien à côté des tiennes. Tout au long de cette montée vos prénoms rythmeront mes coups de pédale.

Je décide de mettre un rythme qui me permettra d’arriver en haut. Je doute tout de même. Je me dis : « monte tant que tu peux et si à un moment ce n’est plus possible tu appelleras Ta chère et tendre qu’elle vienne te chercher. Le rythme que je m’impose je le connais bien. Je l’ai travaillé en accompagnant Chala sur ses sorties. Je n’arrête pas de me dire allez roule comme avec Chala. Et ça marche. Aucune crampe j’avance à 9km/h même dans les pentes à 10-12-13%. Je croise Justin et Vincent qui m’accompagnent un temps. Un gros merci.

Chaque tour de pédales sont rythmés par Ken-zo puis Er-wan puis O-CE-ANE. C’est une technique que m’avait confessée Jean Jacques Barbier lors de ses périples en course à pieds reliant Cherbourg à Andrezieux à 70 ans puis 5 ans plus tard Bordeaux à Andrézieux, pour Océane Les yeux du cœur.
J’arrive dans la dernière rampe à 13%. Là c’est sur je vais y arriver. Alors l’émotion me submerge une première fois et les larmes sont aux bords des yeux ; Il faut que j’appelle ma fille en visio. J’essaye d’appeler mon papa et ma maman qui garde notre belle fille, mais il n’y a pas de réseau. Tant pis.

Je bascule sur le replat et là Côme m’attend à 5km du sommet rejoint rapidement par Jyjy, Baptiste et Domi toujours en courant. Il aura réalisé 30km en course à pied pour chacun nous accompagner un bout de chemin. Un gros gros merci Domi et Mariange pour votre soutien.

J’arrive en haut en larmes, je pense à tout ce que nous endurons tous depuis tant d’année, vous mes amis comme notre famille entière. Il ne faut pas croire au-delà de nous : ses parents, ses petits frères, c’est toute la famille qui souffre pour Océane : ses grands-parents, ses oncles et tantes, ses cousins, cousines. Et nous les remercions d’être toujours là pour nous aider quand nous osons leur demander de l‘aide.

 Ce périple est à l’image de notre vie, des montagnes qui semblent impossibles à gravir et que nous arrivons à franchir malgré tout, des rampes toujours plus raides des marches d’escaliers toujours plus hautes à monter mais nous continuerons à faire du bruit pour obtenir une meilleure prise en charge des autistes et pour soutenir leurs aidants, dans notre beau pays de France.

Pour finir nous souhaiterions remercier l’ensemble des supporters et assistants qui nous mis dans les meilleures conditions pour réussir ce beau week-end.

Enfin nous voudrions rendre hommage à une personne qui compte tant pour Chala et moi : Jyjy.

Jean-Yves, merci pour l’organisation de ce beau week-end. Tu t’es occupé de tout et tu as géré ça de mains de maitre. Tu nous a dégoté un beau petit hôtel avec un super patron : le Haylton à Anglefort que je conseille à tous avec son maître : Boris qui cuisine comme un chef. On a été super bien reçu.

 Merci mon Jyjy pour les plans d’entrainement qui m’ont permis d’être au top le jour J et d’accomplir l’objectif que je m’étais fixé.

Je sais que tu aurais tant aimé m’accompagner jusqu’au bout. Mais nous sommes fiers de t’avoir comme ami. J’ai toujours été admiratif des champions comme toi. Tu as eu un niveau que j’aurais tellement aimé avoir. Ca aurait pu te monter à la tête. Comme beaucoup tu aurais pu être dédaigneux et hautain comme beaucoup de pseudo champion. Mais non tu es toujours resté humble.

Tu continues à faire du sport là où beaucoup ont arrêté quand leurs performances ont baissé et c’est tout à ton honneur. Tu es un passionné. Le fait que tu sois à nos côtés montre bien ta valeur et tes qualités humaines, tout comme le fait d’entrainer, montre ta volonté de transmettre et d’être tourné vers l’autre. Tu penses souvent plus aux autres qu’à toi-même.

Il faut que nos défis restent un plaisir et il ne faut pas trop repousser les limites. Tu as fait ce que tu as pu et je ne suis pas sur que tu aurais parier, il y a 10 mois, quand tu étais sur ton lit d’hôpital ,que tu serais capables de gravir trois fois le grand colombier 10 mois plus tard.

Merci d’être là pour tout, car si nous étions seuls dans cette épreuve crois moi ça serait difficilement supportable.

De là où ils sont tes parents et ton parrain doivent être fier de toi.

Bises à tous et à l’année prochaine pour un nouveau défi.

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